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vendredi 4 février 2011

Les journalistes étrangers pris pour cible en Égypte



Alfred Yaghobzadeh, photoreporter français de l'agence SIPA , blessé mercredi place Tahrir.
Alfred Yaghobzadeh, photoreporter français de l'agence SIPA , blessé mercredi place Tahrir. Crédits photo : AP/AP

Le Caire est le théâtre depuis mercredi d'une chasse aux journalistes, molestés par la foule ou emmenés par des policiers en civils. Un des envoyés spéciaux du Figaro a été arrêté ce jeudi non loin d'Alexandrie.

Place Tahrir au Caire, il ne fait pas bon depuis mercredi avoir l'air d'un étranger. De nombreux journalistes couvrant les affrontements meurtriers au Caire entre partisans et opposants du président égyptien Hosni Moubarak ont rapporté des violences croissantes contre eux.
C'est dans ce contexte que, jeudi après-midi, l'un des envoyés spéciaux duFigaro a été arrêté par les forces de sécurité égyptiennes à Abou Hamous, une localité située à une cinquantaine de kilomètres d'Alexandrie. Cyrille Louis y effectuait un reportage en compagnie du photographe franco-libanais Paul Assaker. La police locale les a interpellés après qu'ils furent pris à partie par un groupe d'habitants. Ils ont été détenus pendant une partie de la matinée au poste de police de la ville, puis transférés en début d'après-midi aux mains de la Sûreté d'État, à une dizaine de kilomètres d'Abou Hamous. Le Figaro a alerté le Quai d'Orsay et l'ambassade de France au Caire.

Des journalistes de TF1 arrêtés par des civils armés


Au Caire, d'autres équipes, de télévision notamment, ont été violemment prises à partie. Un journaliste de la télévision publique suédoise SVT a été «grièvement blessé» à coups de couteau jeudi. Mercredi, trois journalistes qui tournaient pour BFM TV dans un marché ont ainsi été «tabassés pendant un quart d'heure, à coups de bâton, de poings, de pieds», assure Guillaume Dubois, directeur général de la chaîne d'info. «Ils ont été exfiltrés par un convoi de l'armée qui passait par là, puis ils ont passé neuf heures dans une caserne avant d'être reconduits à leur hôtel», poursuit-il. Trois journalistes de France 24 ont également été interpellés mercredi. Ils ont été libérés jeudi soir. Avant d'être arrêtés, «ils ont été pris à partie par des manifestants, l'un a été tabassé à coups de barre de fer et secouru par un passant alors qu'il était sur le point d'être lynché», explique Jean Lesieur, directeur de la rédaction.
Trois journalistes de TF1 ont également été arrêtés jeudi matin au Caire par des civils armés et conduite vers un lieu indéterminé, a annoncé Catherine Nayl, directrice de l'information de la chaîne.«Nous avons des informations parcellaires. A un moment, on a pu les joindre, et ils nous ont dit qu'il avaient été arrêtés et emmenés par des gens qui ne sont pas en uniformes, des civils, armés jusqu'aux dents, vers un endroit qu'ils n'arrivent pas trop à décrire, mais qui ne ressemble pas un commissariat et plutôt à un ancien hôtel», a expliqué Catherine Nayl.«Ils n'ont a priori pas subi de violences. Ils leur ont demandé de regarder leurs images», a-t-elle ajouté. «Ensuite tout contact a été rompu, nous n'arrivons plus à les joindre sur leur portable depuis la mi-journée».

«La foule nous aurait battus à mort»


Pour exfiltrer de la foule en colère un caméraman de la télévision publique Radio-Canada, l'armée égyptienne a même dû intervenir mercredi au coeur de la contestation. «Des dizaines de gens se sont mis à le battre devant nous», témoigne le reporter Jean-François Lépine, décrivant «une hystérie collective». «J'ai décidé de demander à l'armée, qui était devant moi, de m'aider, poursuit ce journaliste aguerri. Là ils sont intervenus militairement pour sortir le caméraman. (...) C'est ça qui nous a sauvé la vie parce que sinon, probablement la foule nous aurait battus à mort». À Bruxelles, le quotidien Le Soir s'inquiète par ailleurs de la disparition de son journaliste Serge Dumont, qui travaille également pour les journaux suisse Le Temps et français la Voix du Nord. Le reporter, de nationalité belge, a été «molesté», «tabassé», puis «emmené par des personnes non identifiées en civil» alors qu'il couvrait une manifestation pro-Moubarak au Caire.
Ces agressions de journalistes sont le fait, selon Reporters Sans Frontières(RSF), de partisans du chef de l'tat et de policiers infiltrés. «La télévision publique éqyptienne a désigné les journalistes étrangers comme responsables de ce qui se passe, c'est une sorte d'appel au lynchage, non déguisé», explique Thierry Thuillier, directeur des rédactions de France Télévisions. «Ils sont des témoins gênants, on assiste à un tabassage systématique des journalistes étrangers», poursuit-il. Alors que les tats-Unis dénoncent une «campagne concertée» contre les médias étrangers, les rédactions ont demandé à leurs équipes de redoubler de vigilance.

Les rumeurs inquiètent les expatriés français en Égypte



A leur arrivée à Chypre, des employés de l'ONU évacués d'Egypte sont escortés par des casques bleus.
A leur arrivée à Chypre, des employés de l'ONU évacués d'Egypte sont escortés par des casques bleus. Crédits photo : Petros Karadjias/AP

9.600 Français vivent en Égypte. En l'absence de consignes, certains ont décidé de quitter le pays par leurs propres moyens.

L'inquiétude et la confusion règnent dans la communauté française d'Égypte, qui rassemble quelque 9 600 expatriés. Les Français du Caire ont appris jeudi matin par France 24 que François Baroin les appelait à «revenir dans les meilleurs délais», puis Michelle Alliot-Marie a finalement indiqué qu'il n'y a «pas d'évacuation» prévue. Certains, pris de panique, ne veulent plus rester. La nuit de mercredi à jeudi les a décidés. «Des milices se sont formées dans mon quartier cette nuit. Des civils nous demandaient nos papiers. J'ai refusé. Peu après, un groupe d'une dizaine de personnes a fracturé la porte de mon appartement, l'un d'entre eux était armé d'un sabre. Heureusement, des militaires sont arrivés à temps», relate, fébrile, une étudiante qui vit pourtant au Caire depuis un an et demi. Des rumeurs anti-étrangers se sont répandues, relayées par la presse égyptienne. Dès ce matin, cette étudiante a préféré se précipiter à l'aéroport, affronter les multiples barrages routiers improvisés et prendre le premier avion en direction de Paris. En appelant l'ambassade pour la prévenir de sa mésaventure, elle s'est vu répondre : «C'est pas la guerre non plus !»

«Ça va empirer»


L'ambassade est vivement critiquée par certains ressortissants pour sa gestion de la crise. «Ils ne font rien, ils nous disent juste “vous êtes en sécurité en Égypte”. Ils sont à côté de la plaque», se désole une jeune maman qui a prévu de partir dès samedi. Respecter le couvre-feu et éviter de sortir sont les seules consignes données. Le Parisien rapportait jeudi qu'un diplomate a comparé les manifestations au Caire avec les défilés du 1er Mai à Paris… Régine Prato, une représentante de la communauté française, vivant en Égypte depuis vingt-huit ans, tempère : «Les personnels de l'ambassade font ce qu'ils peuvent, ils ont déménagé au moment même où les émeutes débutaient ! De plus, on leur a enlevé beaucoup d'agents ces derniers mois.» Le vrai problème serait, selon elle, «les contradictions» du gouvernement français sur l'attitude à suivre. La nouvelle de l'évasion de plusieurs milliers de prisonniers au nord du Caire n'a pas calmé non plus les esprits.
En l'absence de consignes claires de la part des autorités françaises, certains ont décidé de partir dès aujourd'hui par leurs propres moyens. D'autres sont fortement incités par leur entreprise à quitter le pays avec leur famille.
L'importante communauté française du quartier du Maadi, où se trouve le lycée, veut se persuader d'être en sécurité dans son enclave. «Des chars sont postés à l'entrée des rues. Nos bawabs (gardiens d'immeuble) sont surarmés. Des citoyens se sont constitués en sortes de milices et filtrent les entrées», se rassure Régine Prato. Mais pour Jean-Claude Aunos, photographe et responsable d'une association de parents d'élèves du lycée français, «ça va empirer». Du coup, il se demande s'il doit partir, lui aussi. «En deux jours, l'atmosphère a totalement changé. Aux scènes de joie ont succédé, cette nuit, des tirs d'armes automatiques.»
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Egypte : les dirigeants européens divisés sur l'éviction de Moubarak

Les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-sept, réunis en sommet à Bruxelles, ont demandé, vendredi 4 février, que le processus de transition commence 'maintenant' en Egypte. Les dirigeants européens appellent aussi les autorités du Caire à 'répondre aux aspirations du peuple égyptien' par 'la réforme politique et non la répression'. Ils appellent à la constitution d'un gouvernement doté d'une assise large et à des élections libres.Lire la suite l'article
La situation en Egypte et dans la région a été examinée au cours du déjeuner, lors d'un sommet consacré, par ailleurs, au pacte de compétitivité élaboré par l'Allemagne, ainsi qu'aux dossiers de l'énergie et de l'innovation. Les chefs d'Etat disent suivre avec préoccupation la détérioration de la situation dans le pays, condamnent 'dans les termes les plus forts' la violence 'et tous ceux qui l'utilisent et l'encouragent'.
La déclaration salue ensuite l'expression 'pacifique et digne' par les peuples tunisien et égyptien de leurs revendications. Aspirations conformes aux valeurs promues par l'Union dans le monde, insiste le texte. Les Vingt-Sept évoquent ensuite un 'nouveau partenariat', avec un soutien plus efficace aux pays qui mettront en oeuvre des réformes.
Catherine Ashton, la Haute représentante pour la politique étrangère, est mandatée pour transmettre ce message lors de prochaines visites qu'elle effectuera en Tunisie et en Egypte. Elle est invitée à prévoir des mesures d'aide à la transition et un plan destiné à 'promouvoir le développement économique et social'. Un 'statut avancé' de partenariat avec la Tunisie est également envisagé.
Concernant l'Egypte, la position des Vingt-sept évoque, entre les lignes, une révision des termes d'un accord qui prévoit, entre autres, le versement de 449 millions d'euros sur trois années.... lire la suite de l'article sur Le Monde.fr

L'armée israélienne privée de chef en pleine crise régionale

Le chef d'état-major pressenti a dû être écarté à cause de malversations personnelles.Lire la suite l'article
Pour l'armée israélienne, les menaces de déstabilisation du régime de Hosni Moubarak tombent au plus mauvais moment. Pour la première fois de son histoire, Tsahal se retrouve sans tête, privée de chef d'état-major à la suite de «guerres» intestines, à un moment jugé critique par tous les experts militaires. Grâce au traité de paix conclu il y a plus de trente ans avec Le Caire, Israël a pu réduire au minimum son dispositif de défense sur le front sud, face à l'Égypte, tout en renforçant sa présence au nord, face au Liban et à la Syrie.
Mais le spectre d'une possible arrivée au pouvoir des Frères musulmans à la tête d'un «régime à l'iranienne» , évoquée par le premier ministre Benyamin Nétanyahou, pourrait contraindre les militaires à réviser de fond en comble leurs plans stratégiques pour tenir compte de l'armée égyptienne, considérée comme la plus puissante du monde arabe. Cette révision risque toutefois d'être difficile à mener dans l'immédiat, tant la confusion est générale au sommet de l'armée israélienne, qui a bien du mal à assumer son rôle de «bouclier» aux yeux d'une opinion publique de plus en plus inquiète.
Atteinte à la sécurité de l'État
Le premier ministre a dû renoncer à nommer au poste de chef d'état-major le général Yoav Galant, accusé de s'être approprié illégalement des terrains domaniaux pour agrandir son énorme villa personnelle en forme de forteresse. Pris au dépourvu, Ehoud Barak, le ministre de la Défense, a proposé de désigner un chef d'état-major par intérim pendant deux mois, le temps de trouver un autre candidat. Mais cette initiative sans précédent a provoqué un branle-bas de combat aussi bien dans la classe politique que parmi les officiers supérieurs et les médias, hostiles à ce projet.
La plupart des commentateurs estiment qu'Ehoud Barak aurait dû prolonger le mandat du général Gaby Ashkenazi, le chef d'état-major sortant... lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

Le vocable d'islamisme recouvre une variété de courants

Les analystes et responsables politiques qui s'inquiètent des perspectives d'arrivée au pouvoir des islamistes en Egypte ou en Tunisie devraient surtout s'interroger sur le sens du mot islamisme, qui recouvre divers courants dont les leaders professent des intentions différentes.Lire la suite l'article
L'islamisme peut être défini comme une idéologie qui invoque l'islam à des fins politiques. Mais le sens du mot islamiste est si large que le terme s'applique aussi bien à la théocratie chiite anti-occidentale d'Iran qu'au gouvernement sunnite démocratiquement élu en Turquie qui frappe à la porte de l'Union européenne.
Politiquement chargé de sens, le mot islamisme peut aussi évoquer l'action délibérément ultra-violente de la mouvance d'Al Qaïda d'Oussama ben Laden, que de nombreux islamistes affichés disent rejeter, en prônant une action conforme aux préceptes de la religion du Prophète dans un strict cadre légal.
"Il faut distinguer entre des doses diverses de politique et d'islam", analyse le commentateur Mustafa Akyol du quotidien istanbuliote Hurriyet Daily News. "Un parti peut s'inspirer des valeurs de l'islam tout en acceptant un Etat laïque", fait-il valoir.
L'IRAN À UN EXTRÊME DU SPECTRE
Pour Noah Feldman, expert de la charia - la loi islamique - à l'université de Harvard, la participation de partis islamistes au jeu démocratique peut modifier leur nature, comme c'est le cas de l'AKP turc, qui plonge ses racines dans l'islamisme militant prônant un Etat islamique mais était parvenu au pouvoir en 2002 en omettant de prôner un tel Etat.
"Une fois au pouvoir, vous ne pouvez plus vous reposer sur des slogans ou une idéologie pour recueillir les suffrages, il faut produire des résultats", dit Feldman, en notant que le parti du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a "accompli de ce point de vue un travail extraordinaire".
Les Frères musulmans égyptiens et les islamistes tunisiens du mouvement Ennahda (La Renaissance) n'ont pas pour le moment été confrontés aux contraintes du pouvoir. La sincérité de leur engagement envers la démocratie n'a donc pas encore été mis à l'épreuve.
Leurs programmes respectifs dénotent toutefois une approche du pouvoir plus modérée que celles du Hamas à Gaza, du Hezbollah au Liban et du parrain de celui-ci, l'Iran des ayatollahs, qui, à l'extrémité la plus intégriste du spectre de l'islamisme a promu la hiérarchie religieuse en pouvoir politique ultime.
Dans la République islamique iranienne, qui a supplanté le régime impérial du chah en 1979, le guide suprême détient plus de pouvoirs que le chef de l'Etat, pourtant élu: c'est Ali Khamenei qui nomme les chefs de l'armée, les responsables du système judiciaire et le Conseil des tout-puissants gardiens de la Révolution.
LES "FRÈRES" AU CENTRE DU SPECTRE
Le Hamas et le Hezbollah sont inscrits sur la liste noire américaine des groupes terroristes, non pas parce qu'ils sont islamistes, mais parce qu'ils prônent la lutte armée, surtout contre Israël.
Au centre du spectre de l'islamisme se situent toute une variété de partis qui sont aussi actifs politiquement que les régimes politiques dans lesquels ils évoluent le permettent. Mais ils ont en commun leur activisme dans les domaines sociaux et caritatifs, en conformité avec les préceptes islamiques, ce qui leur assure un niveau important de popularité.
L'organisation des Frères musulmans égyptiens, fondée en 1928, est le plus ancien d'entre eux. Après avoir d'abord milité pour l'établissement d'un Etat islamique, la confrérie a édulcoré son idéologie ces dernières décennies. Le régime d'Hosni Moubarak l'a interdit en tant que parti mais a toléré ses activités.
En tant que mouvement d'opposition le mieux structuré, la confrérie devrait jouer un rôle incontournable dans l'Egypte d'après-Moubarak mais, échaudée par les répressions impitoyables dont elle a été victime dans le passé, elle s'efforce de ne pas se mettre en avant et a renoncé par avance à présenter un candidat au prochain scrutin présidentiel.
Akbar Ahmed, professeur de civilisations islamiques à l'American University de Washington, dit douter que les "Frères" cherchent à détourner la révolution égyptienne pour mettre sur pied une théocratie. Pour cet enseignant d'origine pakistanaise, "une révolution à l'iranienne n'est pas possible dans un pays sunnite", car le clergé y joue un moindre rôle qu'en terre chiite.
L'AKP LE PLUS MODÉRÉ DU SPECTRE
En Tunisie, où il vient de revenir après 20 ans d'exil à Londres, le chef historique d'Ennahda, Rachid Ghannouchi, prône de longue date une politique encore plus libérale que celle de ses "frères" égyptiens. Contrairement à eux, par exemple, il n'exclut pas qu'une femme où un non-musulman devienne chef de l'Etat.
L'extrémité la plus modérée du spectre islamiste est dominée par l'AKP (Parti pour la justice et le développement) turc, qui est devenu le modèle pour les partis confessionnels d'autres pays souhaitant concilier foi et démocratie.
Elu depuis 2002, Tayyip Erdogan s'est concentré davantage jusqu'à présent sur la libéralisation de l'économie turque que sur l'islamisation de la société, que souhaite la frange la plus conservatrice de son électorat et que lui reprochent ses adversaires politiques et militaires du camp laïque.
Les opposants de l'AKP l'accusent de nourrir un agenda islamiste caché. Le parti prévoit d'amender la Constitution turque s'il obtient un troisième mandat à la faveur des élections législatives en juin, mais face à ces critiques dément envisager de toucher aux principes laïques de l'Etat.
Les précurseurs de l'AKP étaient plus radicalement islamistes, mais Erdogan a transformé le mouvement islamiste turc, dont l'armée à brisé les reins, en un parti islamo-conservateur présentable qu'il compare souvent à l'équivalent musulman des partis démocrates-chrétiens européens.
"L'islam ne peut être séparé de la politique, mais il doit être séparé de l'Etat. Un parti peut s'inspirer de l'islam tout en évoluant dans un système démocratique", estime le chroniqueur turc Mustafa Akyol.

«Le monde arabe a une aspiration profonde à la liberté»


INTERVIEW - Selon Benjamin Stora, historien spécialiste du Maghreb, il y a au moins un point commun aux différents mouvements observés dans cette région du monde...Lire la suite l'article
Ils n'en sont pas au même point, ils n'ont pas le même système politique, ni la même histoire, mais plusieurs pays du monde arabe sont actuellement en proie à des troubles. Après laTunisie, l'Egypte est en pleine insurrection, les Yéménites sont dans la rue, l'Algérie connaît des grèves à répétition et une manifestation est prévue le 20 février au Maroc... Le monde arabe est-il en train de faire sa révolution? Réponse avec  Benjamin Stora, professeur des universités, spécialiste du Maghreb et auteur de Bibliographie de l'Algérie indépendante 1962-2010 (Editions du CNRS 2011).
Le monde arabe compte 22 Etats très différents, qui vont de la Mauritanie à l'Oman, qu'est-ce qui les rassemble?
La langue - l'arabe - la religion musulmane, dominante dans une majorité de ces pays, et dans l'histoire récente, le nationalisme arabe issu des combats contre la colonisation (française pour l'Algérie, le Maroc et la Tunsie, anglaise pour l'Egypte, italienne pour la Libye...). Tout cela a forgé une histoire, un imaginaire, une sensibilité identiques.
A l'inverse, qu'est-ce qui les sépare?
Chacun a des traditions nationales différentes, selon qu'il se situe au Maghreb, qu'on appelle l'Occident musulman, ou au Machrek, l'Orient arabe. Il y a également des  différences du point de vue de la nature des Etats, avec des monarchies (Maroc, Jordanie...) et des Républiques (Tunisie, Egypte, Algérie, Syrie, Libye...). Ce sont surtout elles qui ont dérapé ces derniers temps en devenant des républiques dynastiques, des monarchies en quelque sorte. Leur point commun: une emprise de l'armée sur le système politique. Aujourd'hui, elle se confond avec l'Etat.
Est-ce cela qui a nourri la contestation dans ces pays?
Oui. Le monde arabe a une aspiration profonde à la liberté. La population souhaite parvenir à un Etat de droit et ... lire la suite de l'article sur 20minutes.fr

Comment les années Ben Ali ont ruiné l'économie de la Tunisie

L'économie tunisienne a pâti de l'ère Ben Ali. «La corruption, le népotisme, la prédation, l'absence de respect des règles de droit, l'imprévisibilité de la justice, ont considérablement porté atteinte au climat des affaires et à l'incitation à investir», affirme Mahmoud Ben Romdhane, professeur d'économie à l'université de Tunis, et membre du secrétariat du Ettajdid (ex-parti communiste). Particulièrement touchées, les entreprises privées tunisiennes.Lire la suite l'article
«L'un des problèmes de ce pays est le manque d'investissement de leur part. Pour ne pas s'exposer aux appétits de la famille Ben Ali-Trabelsi, elles avaient recours à une forme d'autolimitation», explique Bertrand Furno, chef du service économique régional de l'ambassade de France. Ce contexte a eu des conséquences sur la croissance et le chômage. «Du fait du déficit d'investissement, j'estime à 200.000 les opportunités d'emploi perdues sur la période 1995-2010», calcule Ben Romdhane.
«Un appareil de contrôle pléthorique»
A sa décharge, «le secteur privé était pressuré, poursuit cet économiste. Il n'y a pas une entreprise qui n'ait pas été contrainte d'acheter du matériel pour le compte du RCD [le parti politique de Ben Ali, ndlr] ou de verser des montants colossaux [on parle de centaines de milliers de dinars, ndlr] pour soutenir le Président lors des élections». Chaque entreprise abritait également une cellule du RCD.
Ces ponctions s'expliquent par le coût de l'Etat Ben Ali, «un appareil de répression et de contrôle de la population pléthorique», selon Mahmoud Ben Romdhane: 150.000 policiers (autant qu'en France pour un pays de 10 millions d'habitants) et 8 à 10.000 personnes détachées de l'administration et des entreprises publiques auprès du RCD. L'un des outils de «pressurisation» du pouvoir était le fameux 2626, numéro de compte d'un soi-disant fond de solidarité nationale.